Moke Lake et son poisson d'avril: une aventure en Nouvelle-Zélande, ou la paix retrouvée
- Lucie Carignan

- 3 avr.
- 9 min de lecture
Dernière mise à jour : 9 avr.
Début avril. Aux cours des derniers jours, on a découvert une partie du sud de la Nouvelle-Zélande, dont le merveilleux Milford Sound, cette fantasmagorique région où les montagnes rejoignent l'océan et où le fjord nous ensorcèle par sa vie verticale, sortie des entrailles de la terre. Avant cela, nous avons visité la jolie Queenstown, et aussi la région de Wanaka, ses lacs d'eau si claire, et nous nous sommes aussi aventurés dans les forêts humides où nous avons dormi dans sa profondeur, une nuit froide mais tellement réconfortante. Et si on rebrousse encore dans le temps, c'est d'abord la région du Mont Cook que nous avons découvert, à couper le souffle, malgré la pluie torrentielle que nous réservait la météo pour le début de notre périple sur l'île du Sud.

On a prévu un 11 jours en VR sur l'île du Sud, le circuit classique, Christchurch, Lake Tekapo, Mt Cook/Aoraki, Wanaka, Te Anau, Milford Sound, Glenorchy pour terminer à Queenstown.
Si je continue l'exercice de mémoire (et j'en ai bien besoin), je peux vous parler de notre passage sur l'Ile du Nord. Arrivés par avion le 18 mars dernier à Auckland, la plus grande ville du pays (population 1,7 millions d'habitants, la ville est dense au centre mais très étalée en banlieues), nous avons d'abord pris le temps de savourer notre arrivée sur un nouveau continent. Les odeurs, la température, les gens.... si différent de l'Asie. Le prix de la vie aussi. Un sympathique motel nous fait voyager dans nos impressions-perceptions de la Rive-Sud de Montréal, et aussi, pour ce qui est de moi, du boulevard Gréber à Gatineau. On a troqué nos scooters pour une petite voiture sympa, et, toujours en conduisant à gauche comme en Thaïlande, on a pris la route (OMG que c'est beau la Nouvelle-Zélande) pour Rotorua.
Cette belle ville, thermale, nous attendait avec son ''souffle'' de souffre. Rotorua est située sur un rift volcanique et dans une ancienne caldera. La région est active (mais sans danger) avec de nombreuses manifestations géothermiques avec des sources thermales, des geysers, boues bouillonnantes, et vapeurs et fumerolles et odeur de souffre. On a pu profiter d'un super mur d'escalade à même l'auberge de voyageurs où nous avons eu la chance de séjourner. En sus, une ballade diurne et nocturne dans les Red Woods, ces séquoias géants californiens plantés ici en 1901, mais qui poussent à une vitesse effarante, grâce à l'humidité, les pluies importantes et aussi l'absence de grands froids. On a pu aussi observer et apprendre un peu sur la culture Maori, mais encore une fois, notre budget de fin de voyage ne nous a pas permis qu'on choisisse 10 activités en 2 jours... La danse rituelle maori, ce sera pour une autre fois! Le chemin vers Wellington fut spectaculaire. Un arrêt dans le coin de Taupo, Huka Falls avec ses eaux à la couleur d'azur, un bain d'eau volcanique à Otu Mu Heke Stream, et, à perte de vue, des lacs d'eau claire, des arbres de Manuka et des ruches, des moutons...
Wellington, la capitale, a été un coup de coeur pour moi. Plus petite ville que Auckland, 430 000 habitants et dense et compacte au centre. Coquette aussi, avec ses maisons dans les montagnes, des rues étroites et stationnements communs, et, esthétiquement, vraiment à point. La ville est propre, presqu'autant qu'au Japon. Le soin des immeubles est indéniable, la proximité des services A+, et, on y sent une ambiance décontractée, des gens remplis, à première vue, de personnalité, et aussi, de calme. Dans les rues, des petits cafés et restos, des magasins de vêtements (il ne faut pas regarder), des friperies efficaces où on a trouvé de la laine à mettre sur nos dos. La culture est omniprésente dans cette petite ville, les murales, la musique, les expositions dans les galeries. Tout compact, tout efficace. J'ai adoré. Une visite au spectaculaire musée Te Papa nous a enfin permis de faire plus ample connaissance avec la culture Maori, et aussi avec leur histoire. Wellington n'aurait pas été ce qu'elle a été pour moi si je n'avais pas eu une soirée avec mon collègue et mentor Phillip Beach. Ce cher Phill, que j'ai connu à Montréal lors de ses deux venues pour nous enseigner son modèle de la compréhension de la physiologie du mouvement et de la santé. Un humain qui a compris et uni les grands modèles de la santé à la simplicité des mouvements archétypes du corps (mouvements de base que l'humain DOIT accomplir toute sa vie pour survivre, mais qui par le fait même le garde en santé). Merci Phillip pour ton accueil chez-toi, dans cette ancienne et première église de Wellington. La singe en moi a vraiment envie de me réorganiser des lianes au plafond de mon chez-moi à Montréal. Désolée Mathieu :)
Tout cela, pour enfin vous parler du 1er avril. Mais avant tout, j'aimerais mettre la table, vous aider à comprendre pourquoi Moke Lake fut la plus belle caresse, douceur exquise, celle qui remet tout en place, celle qui te rappelle qui tu es, au plus profond, à chaque seconde de ta vie.
À travers toute cette route accomplie, notamment sur l'Ile du Sud, avec un véhicule récréatif (automaison) de 7,6 mètres de long et essentiellement de la même largeur de la route elle-même, il y a eu des ajustements et acceptations à faire. Conduire ce gros paquebot, c'est pas ce qui va de paire avec la spontanéité et la liberté. Pour moi, un ''road trip'', c'est d'abord et avant tout de la route, oui, et avec beaucoup de spontanéité. Des arrêts imprévus, des changements de plan, des surprises créées par l'intuition qui mène le bal. Bref, on n'était pas dans cela, on avait 11 jours pour accomplir la route et la visite des incontournables, et il fallait assurer nos dodos dans des endroits légaux. À cela, une cocotte qui s'est claqué le grand adducteur de la cuisse en s'entraînant au judo, ce qui a compliqué nos plans de randos. Et, pourquoi pas, aussi, des jours de pluie torrentielle avec une baisse significative des degrés centrigrades, et, au final, un bon gros rhume pour moi.
Ne pas pouvoir arrêter où mon coeur me guidait, sur la route, a amené une prise de conscience. J'ai tellement besoin de silence et d'immobilité pour absorber la beauté d'un paysage. J'ai besoin de me baigner dans le lac, j'ai besoin de prendre 20 photos, oui, car, pendant que je prends ces photos, je suis immobile, en silence, je respire, je sens les odeurs, je regarde, je me prosterne. Alors là, fille, tu vas apprendre à te prosterner devant ces paysages orgasmiques à partir du VR qui fait trop de bruit, dans le mouvement chaotique, et, souvent, avec le volant dans les mains, sans pouvoir arrêter. C'est comme ça. Et ça m'a vraiment mis en %$#@%?&&?%. Ma famille peut en témoigner.
Et quoi dire de ces campings légaux payants..... batinsse. Autour des 100$ pour stationner ton véhicule et dormir. Un autre irritant, celui-là, je ne l'avais pas prévu. J'avais lu que plusieurs régions permettent le camping responsable, celui où tu te campes gratuitement parce que tu peux t'autogérer (toilettes, nourriture, eau). Et c'est bien vrai, cela existe. Sauf que la fameuse règle, sur papier, qui dicte que tous ces sites doivent être libérés à 8h le matin, pour être utilisés à partir de 18h seulement, afin de donner la chance à tous, c'est faux. Les gens conservent pour plusieurs jours le même site, tout est bloqué, et, du coup, le camping responsable n'est pas, en réalité, accessible à tous, malgré ce que les applications qu'ils te vendent disent. À cela il faut aussi comprendre que ces places ne sont pas situées dans les endroits les plus pittoresques. Au cours des dernières années, le gouvernement a imposé des restrictions plus sévères limitant les places disponibles pour protéger le territoire puisque les gens ne respectaient pas les règles du camping responsable. Dans ma tête, on se payait la location du VR et on campait en nature. La réalité est toute autre. Je respire.
1er avril
Je porte mes déceptions, malgré que la beauté de la Nouvelle-Zélande et la chance, l'immense chance que j'ai d'y être, sont suffisantes pour me donner le goût de me lever le matin et continuer de découvrir. Mais je suis lourde. Pour moi, et pour les deux autres, dans les quelques mètres carrés que nous avons en commun.
Après mes deux cafés, et une session de mouchage intense, je prends le volant, et je me dis que ce sera une bonne journée. On roule. C'est beau. Des moutons, des montagnes, le soleil à fond, des couleurs à faire rougir un peintre. Mon intuition me parle: ''tourne-là, maintenant''. Et, je lui dis: ''cette fois, cette fois, je t'écoute.'' Tic tac, angle mort, je tourne. Les casseroles font leur tintamarre dans l'armoire, une partie du frigo se déverse sur le sol (ça fait 2 jours que sa porte ouvre si on prend une courbe à droite avec trop d'énergie centrifuge). Tout le monde se demande ce que je viens de faire. On est en sécurité, certes, mais pourquoi donc j'ai pris cette route de gravelle, qui mène à nulle part??? J'avance doucement, et je me dis que je vais devoir faire demi-tour (des sacres sont à prévoir). Il y a effectivement un demi-tour qui s'impose. Des chiens aboient. Je fais ce que doit. Une femme vient à nous. Parle parle, jase jase, elle est bénévole dans cette ferme maraîchaire de houblon, et elle nous propose de visiter les champs. La ferme Garston Hops, à Garston. La représentante de l'Amérique du Nord s'adonne à être là, elle nous parle des brasseries québécoises qui font des bières avec leur houblon, qui, semble-t'il est très recherché de par ses particularités néo-zélandaises. Partie de mémoire encore, on a retenu la brasserie Brewskey (https://www.brewskey.ca/pub/#header) dans le Vieux-Montréal, À la dérive à Gatineau (https://aladerivebrasserieartisanale.ca/?srsltid=AfmBOoolU3El1wJaiB-YmHVfMV8bVr3oVj6jS5-0q7Zq_MW0UwEF_KFV), et, toujours à Gatineau, la brasserie du Bas-Canada (https://www.brasseriebascanada.com/). Des jeunes voyageurs-travailleurs sont en pause, nous saluent. Delphine me demande si ce sont des étrangers, et si c'est possible de voyager comme ça en travaillant, et que si oui, c'est génial et elle aimerait ça faire cela dans quelques années. Mathieu me regarde, on sourit. Un party d'odeurs commence quand on nous fait découvrir les différentes souches de houblon qu'ils font pousser. Comment aller chercher l'huile de la fleur, comment savoir quand le cueillir... Et Delphine qui est bien heureuse de courir avec des chiens dans un champ, une pause-surprise de la route. Je respire, je souris, aussi. Spontanéité.
On reprend la route, on mange dans un parc aux côtés d'une boutique de produits de miel. Je m'achète du propolis digne de ce nom, que je m'enfile dans le fond de la gorge. Alleluia.
On commence à se demander où nous coucherons ce soir. Ça fait deux jours qu'on dort dans un camping payant et on s'entend tous pour dire qu'on n'a vraiment pas envie de cela pour ce soir. ''Moke Lake'', dit Mathieu. Je le regarde, avec interrogation. Il nous explique que c'est un des camping DOC de la région, et qu'il faut se rendre pour réserver, impossible de faire la démarche en ligne. Le terme DOC est l'acronyme pour Department of Conservation, qui est l'équivalent de Parcs Canada pour la NZ. Ahh si c'est un DOC, on y va, hein Monsieur Parcs Canada!!
Se rendre. La bénédiction de devoir se rendre. Le plus beau chemin, tranquille, permettant les arrêts, et le silence. Comme seule pollution sonore, cet endroit proposait le bêlement de moutons errant dans la montagne, et le jacassement d'oiseaux préparant leur fin de journée. Les mains encore collées par l'huile du houblon, le propolis dans la gorge, je pus me prosterner, écouter le silence, parler aux moutons. Une totale.
En reprenant la route, qui devenait de plus en plus étroite et douteuse, seuls au monde, j'étais en extase. Des moutons encore, et puis......... Moke Lake.
Un lac, entouré de montagnes, chacune bien différente l'une de l'autre. Du vert, du jaune, du gris. Un lac, des canards. Au fond du champ permettant aux campeurs de s'installer, et, des chevaux, une vingtaine, errant doucement dans les herbes. Seuls au monde. Impossible d'avoir envie du bruit ici. La surprise du 1er avril, un poisson d'avril de spontanéité et de prosternation devant la nature.
La nuit tombe. On goute à un bon vin néo-zélandais. On joue à UNO. En ouvrant la porte pour aller faire notre pipi pré-dodo:
La pleine lune sort derrière la montagne grise. Le lac est clair, les canards glissent encore sur son eau. Les chevaux dorment debout. Tout est calme, l'éclairage réconfortant et dense rend tout ce qui nous entoure si engagé dans ce qu'on peut clairement appeler le moment présent. Merci Mathieu d'avoir déniché cet endroit, dans la synchronicité parfaite de ce qui se devait d'être.
La nuit, très froide, aura été bénéfique pour tous, malgré mes sinus vraiment impactés par la rhume. Au petit matin, un déjeuner au son des chevaux et des oiseaux, puis une randonnée (le genou de Delphine va vraiment mieux, le taping est retiré, tout est tiguidou). Petite randonnée toute simple, mais combien plaisante. En 2-3- heures, on est de retour au VR, on se baigne et on quitte, doucement, Moke Lake, le sourire aux lèvres. Le sourire est à mes lèvres, certes, mais ce que je ressens, c'est l'apaisement que la lune a créé, d'abord sur ce qui m'entourait, cette nuit, et ensuite dans mon coeur (et dans mes reins pour les connaissants de médecine chinoise et pour ceux qui sentent leurs reins).
Ce matin, c'est Jeudi Saint. Le matin où ma maman a pris son envol il y a 28 ans déjà. La même lumière m'entourait, ce matin, au petit matin, comme il y a 28 ans. La même lumière, malgré que je suis littéralement à l'autre bout du monde. Je l'imagine sourire à la lecture de ce récit... elle m'a tricotée, elle me reconnait. Toute cette lumière qui m'entoure, aujourd'hui, je la partage avec toi maman, peut-être que tu n'en as plus besoin, mais ça ne peut pas faire de mal...
Mes réflexions vont dans le sens qu'il est préférable, parfois, de savoir s'entourer de ce qui nous ramène à soi. Et cesser de tenter d'être des surhumains qui transcendent ce qu'ils sont vraiment. Ça épuise. Je n'aimerai jamais ça, ne pas pouvoir m'arrêter au bord du chemin. J'aimais, j'aime et j'aimerai toujours contempler en silence et immobilité ce que la nature a à me faire absorber. Et je serai toujours folle :)









































































































































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