Martino et Martinette
- Mathieu Brossard
- 27 janv.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 jours

On croise beaucoup de voyageurs de partout dans le monde pendant notre périple. Et tous sont très contents de voir que nous voyageons en famille. Une question revient presque toujours : comment on fait pour l’école en voyage? La réponse très courte : avec beaucoup de patience! :-)
Plus sérieusement, on va se le dire, on se trouve extrêmement chanceux de pouvoir faire ce voyage avec non seulement l’approbation, mais avec l’appui et le soutien de l’école de Delphine.
L’école Atelier, une école alternative de la CSSDM, s’est tout de suite rangée derrière nous quand nous leur avons présenté notre projet, il y a 2 ans. L’enseignante de Delphine, la formidable Martine Sauvageau a été d'une très grande générosité et d'un appui indéfectible à notre égard. Lors d'une rencontre, tout juste avant notre départ, Martine a d'ailleurs fait remarquer à Delphine qu'elle allait être chanceuse d'avoir deux enseignants juste pour elle. Lucie a ajouté: «Martino et Martinette» vont faire de leur mieux pour remplacer la vraie Martine! Et c'est resté.
L’école Atelier fonctionne en classes cycles de deux niveaux. Cette année, Delphine est en 4ème année et retrouvait, pour une deuxième année consécutive, son enseignante Martine avec qui elle avait fait sa 3ème année. Comme notre voyage a débuté en octobre 2025, Delphine a donc commencé l’année scolaire avec son groupe. Et puisque nous prévoyons être de retour en mai et elle réintégrera sa classe pour la fin de l’année. Martine a également accepté de participer à ce que Delphine garde un lien avec sa classe pendant le voyage.
Le groupe suit nos progrès sur Polarsteps en plus de rester au fait des articles que Delphine publie sur notre site. Nous avons également organisé deux rencontres en direct avec la classe depuis le départ, une du Japon et l'autre depuis le Vietnam. Delphine a présenté ses expériences et répondu aux questions de ses amis. Nous prévoyons récidiver à quelques reprises d'ici notre retour.

Martine nous a donné aussi fourni de nombreuses ressources pour que Delphine puisse suivre les apprentissages de la classe en math et en français. On s’est également procuré des manuels de 4ème année (Matcha et Jazz) qui nous permettent de travailler en ligne (sans devoir traîner les livres ce qui est tout de même très avantageux quand la place dans les bagages est limitée).
Lucie et moi nous partageons donc le rôle d’enseignants pendant le voyage. Nous essayons de faire régulièrement des maths et du français, souvent le matin, avant de partir en excursion. Ce n’est pas toujours évident. Selon l’horaire prévu, l’endroit où l’on se trouve et l’espace disponible pour travailler, on choisit parfois de faire de l’école… ou pas cette journée-là.
On se concentre principalement sur les maths et le français pour faire des cours plus formels en suivant les livres et les exercices de la classe. Pour le reste, le voyage est le meilleur enseignant possible.

En anglais, les progrès de Delphine depuis le départ ont été spectaculaires. C'est d'ailleurs ce qui nous impressionne le plus. Avant de partir, on avait insisté pour qu'elle écoute la télé en anglais tout l'été. Fin juillet, elle avait aussi commencé des cours privés en ligne avec un super prof, Chris (merci Suzanne!). Malgré ça, son niveau, bien que correct, ne lui permettait pas vraiment de converser en anglais.
Au Japon, elle a dû commencer à se débrouiller par elle même pour communiquer avec les Japonais et les voyageurs qu'on croisait. Et les vrais progrès sont arrivés à Hoi An, au Vietnam, lorsqu’elle a dû plonger pour arriver à parler la langue commune de ses nouvelles amies (allemandes, anglaises, norvégiennes, etc): l'anglais. On a assisté, en direct, à une métamorphose et elle s'est mise à parler, certes avec des erreurs, mais à réellement échanger avec ses ami(e)s.
Tout récemment, pendant la croisière sur le Mékong, elle a jasé toute la journée, en anglais, avec des touristes (anglais et hollandais), en leur posant des questions afin de préparer sa présentation sur le Mékong. Et c'était naturel, fluïde, sans gêne... Papa et Maman sont très fiers.... Et en parallèle, on continue les cours d'anglais à distance avec Chris, presque à chaque semaine, ce qui aide à consolider les acquis.
En éducation physique, Delphine profite du voyage pour continuer de bouger, sauter, courir, marcher, marcher, marcher... Ça reste un peu inégal comme programme. Au Japon, on a marché beaucoup. Vraiment beaucoup. Et au Vietnam, avec une base plus stable, Delphine a pu faire plein de sports, pratiquement à chaque jour. Elle a fait du judo, du jiu-jitsu, de la boxe thaïlandaise, du pickleball, de la natation. Depuis, c'est un peu plus difficile de trouver des occasions de se dépenser pour Delphine en raison de notre itinéraire mais on essaie de trouver les occasions... ça aide avec les dodos!
Côté arts visuels et plastiques, Delphine a eu l'occasion de faire de la poterie, de la peinture, tout plein de bricolages, de visiter des musées et des galeries, et de voir de l’art de rue de chacune des cultures que nous avons croisées jusqu’ici. Le bonheur!
Nous avons aussi la chance d'avoir une prof de piano avec nous en voyage, Lucie. Les filles ont donc tenté de se trouver des pianos un peu partout en voyage pour que Delphine puisse continuer à pratiquer. Et quand elles n'ont pas de piano, elles font du rythme et de la théorie musicale!
On parle aussi beaucoup de ce qu’on voit lors de nos visites, des différences culturelles, religieuses, des temples, de l'histoire des peuples que nous visitons. Delphine est très curieuse, et ça donne des conversations riches. Elle apprend aussi à identifier des opportunités, parfois avec notre aide, de faire des présentations ou d'écrire des articles que vous trouvez sur le site.
On se compte très chanceux d'avoir une enfant qui adore lire. On fonctionne avec une liseuse Kobo et notre abonnement à la bibliothèque de Montréal. Delphine a appris à se charger des livres sur l'ordinateur, qu'elle dévore ensuite.. Depuis le début du voyage, elle a déjà lu une bonne vingtaine de romans dont les 5 premiers tomes des Harry Potter!

Le voyage permet également de réaliser des apprentissages en mouvement, autrement que dans une salle de classe. On fait de la géographie appliquée le long du Mékong, des tables de multiplication dans les tuk-tuks, de la géologie du haut des volcans et de la biologie au bord de la mer. On se trouve privilégiés de pouvoir vivre ça, surtout avec une Delphine si volontaire et participative.
Bien sûr, l'école en voyage, ça vient aussi avec des défis. La motivation n'est pas toujours au rendez-vous, surtout si on saute quelques jours ou une semaine en raison de l'horaire ou des conditions de voyage. Reprendre le rythme, se rasseoir pour écrire ou faire des exercices de maths, c'est diiiiifficileee!!!!!!! Et pour l'autonomie, pas évident non plus. Quand Delphine accepte de faire du travail scolaire, on ne doit pas être trop loin. L'effet de groupe généré par la classe lui manque beaucoup. De pouvoir papoter, échanger avec ses amies aussi. Comme parents, on travaille sans cesse notre patience, pas toujours avec succès. Et on essaie de prendre le temps et de surtout de respecter son rythme d'enfant de 9 ans.
Ce n'est pas toujours facile de concilier les rôles de parent et d'enseignant. En fait de combiner tous les rôles... Avec une enfant unique, on passe souvent de parent à enseignant à ami, à confident à préfet de discipline en quelques minutes. On doit travailler notre patience pour motiver, cajoler, écouter, encadrer, réconforter en travaillant les déterminants et les divisions. Pas facile pour nous, ni pour Delphine. Les transitions entre les changements de rôle sont parfois plus carrées mais en général, ça se passe bien.
L'autre gros enjeu pour nous, c'est de voyager avec une enfant unique. Delphine est constamment en désavantage numérique devant ses deux vieux parents grincheux. On le savait en partant mais ça reste difficile par moment. On a conçu le voyage pour qu'on puisse se poser pour des plus longues périodes à certaines destinations (Hoi An, Koh Lanta, Indonésie) mais entre ça, Delphine trouve ça plus dur... et nous aussi.
Malgré les défis, on doit dire que ça se passe quand même très bien, l'école en voyage. Le gros du crédit revient à Delphine qui est vraiment géniale. Et nous, on continue de se trouver chanceux de vivre ça ensemble et on se croise les doigts pour la suite!











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