Judo à Takayama
- Delphine, Mathieu et Lucie

- 24 oct. 2025
- 6 min de lecture

MATHIEU: Delphine et moi sommes deux fervents adeptes de judo. Delphine a commencé à pratiquer à Montréal à l'âge de 4 ans juste avant la covid. Après la pause forcée , elle a repris l'entrainement il y a de cela 3 ans. Elle s'entraine plusieurs fois par semaine et a même commencé à faire des compétitions l'an passé. Pour ma part, j'ai pratiqué l'aikido pendant de nombreuses années jusqu'au rang de shodan (ceinture noire 1er degré) et je me suis mis au judo il y a deux ans pour accompagner Delphine. C'était donc tout naturel pour nous d'avoir très envie de pratiquer le judo et l'aikido au Japon. J'avais eu l'occasion de faire quelques cours d'aikido à Matsumoto et à Kyoto, dont un avec Delphine mais nous n'avions pas encore trouvé de dojo de judo prêt à nous accueillir avant d'arriver à Takayama. Certains des dojos que nous avons contacté ne nous ont tout simplement pas répondu ou l'horaire des cours ne fonctionnait pas avec le nôtre.
Petit aparté pour vous parler un peu de la culture du judo au Japon. En occident, on peut généralement commencer le judo, comme la plus part des autres arts martiaux, à n'importe quel âge. Ce n'est pas vraiment le cas au Japon. Très populaire et très valorisé comme sport de formation et de développement chez les enfants japonais, très peu d'adultes commencent le judo comme débutants ici. Les adultes qui le pratiquent encore sont ceux qui ont commencé jeunes, atteint un haut niveau et compétitionné ou qui désirent encore le faire. Tout ça pour dire qu'on a assez facilement identifié des dojos où Delphine pouvait aller pratiquer, pas vraiment pour moi. Un peu dommage mais j'en profite pour renouer avec l'aikido.
Le dojo de Takayama que j'avais contacté nous a invité à aller voir un entrainement. Ils pratiquent dans une magnifique salle de judo au deuxième étage d'un petit centre sportif à une quinzaine de minute de marche de notre hébergement. Sur le tatami, environ vingt-cinq enfants répartis en deux groupes. Une quinzaine de grands âgés entre 10 et 13 ans et une dizaine de petits âgés de 5 à 9 ans. Et 5 instructeurs, tous ceinture noire, pour les accompagner. Premier constat, le niveau des jeunes est excellent. Même les tout petits savent exécuter les mouvements de base avec beaucoup d'agilité. À regarder l'entrainement, on voit que beaucoup d'emphase est mis par les entraineurs sur le travail technique et la précision des mouvements. On remarque aussi que les jeunes, bien que sérieux dans leur approche, ont également beaucoup de plaisir.
Tous les enfants et les entraineurs sauf un ne parlaient que le japonais. Heureusement pour nous, sensei Ryota parlait plutôt bien l'anglais et a invité Delphine à venir s'entrainer avec eux le mercredi soir suivant.
DELPHINE: Je ne connaissais personne. Personne ne parlait ma langue. Tout le monde me regardait comme si j'avais trois têtes. Je suis arrivée et je ne savais pas ou aller me changer. Une fille qui fait du judo m'a montré ou aller et j'ai mis mon judogi. Je suis allé me mettre en ligne pour le salut du début du cours. Le sensei m’a présenté au groupe, en japonais, évidemment, mais mes parents m’ont traduit ce qu’il disait avec le traducteur. Ça voulait dire : vous voyez que on a la chance d’avoir une invitée qui est là pour s’entrainer. On va pouvoir partager ensemble le judo, même si elle vient d’un autre pays. Ensuite on a commencé à faire un jeu de tag. Après, on a fait un autre jeu avec deux équipes, où il fallait courir à quatre pattes pour passer de l’autre côté du tatami sans se faire attraper. Si on se faisait attraper, on devait faire un combat de judo au sol. Si tu perdais le combat, tu perdais un point pour ton équipe. Et si tu passais sans te faire attraper, tu gagnais deux points pour ton équipe. Après les jeux, on a fait des uchikomis. Sensei Ryota a corrigé un de mes mouvements. Ensuite on est allé faire des randoris (combats de pratique) avec les plus jeunes. Et finalement on a fait des randoris avec les plus grands.
J'étais très contente de finalement du judo dans le pays du judo. Au début j'étais excitée mais nerveuse en même temps parce que je savais pas comment ça allait se passer. À la fin j'étais très contente d'avoir fait du judo avec des gens de mon âge et avec des enfants. Même s'ils ne me comprenaient pas et que je ne les comprenait pas non plus, j'ai quand même eut beaucoup de plaisir à faire le cours. Les enfants japonais étaient extrêmement bons mais je me suis bien débrouillée et j'ai appris beaucoup. Le deuxième cours était tout aussi amusant. À la fin du dernier cours, j'ai reçu quelques petits cadeaux des enfants on a pris une photo. Sensei Ryota m'a demandé si j'allais revenir les voir une prochaine fois et j'ai accepté, bien sûr, sans hésitation.
MATHIEU: Delphine a fait ça comme une championne. Un énorme coup de chapeau aux entraineurs qu'elle a eu à Montréal: Nabil, José, Hillel, Badr et Anne-Claire. Notre judo québécois n'a pas de quoi rougir. Ryota était très impressionné du niveau de Delphine et l'a complimentée. Les enfants étaient au début très curieux de voir une petite nouvelle, blonde en plus, se joindre à eux. Mais très vite, elle a été intégrée au groupe, et au bout de 5 minutes, ça riait, s'amusait et s'entrainait à fond. À la fin du cours, sensei Ryota a invité Delphine à assister au cours suivant mais surtout, nous avons eu l'immense privilège d'être invité à souper chez lui dès le lendemain.
LUCIE
Je vous raconte en fait comment cette invitation s'est produite. La région de Hida est reconnue pour son boeuf wagyu de très grande qualité. Nous cherchions depuis quelques jours vers quel resto notre choix s'arrêterait, question de bien vivre l'expérience. À noter que nous préférons aller moins au resto, faire des bouffe-maison en majorité, et choisir avec soin les restos que nous visitons. Donc, la question a été posée à un Japonais, bien fier de sa région. Il nous a répondu que le boeuf wagyu de la région était fantastique, mais que les restos ne nous serviraient jamais, et je cite, ''le plus sublime boeuf wagyu auquel j'ai accès''. Il a continué en nous disant '' je vous invite à la maison cette semaine''. Les fesses bien fixes sur le bord du tatami, nous n'osions pas répondre, bien surpris de ce qui venait de se passer. Il faut savoir que ce n'est pas dans les moeurs japonaises d'accueillir à la maison des étrangers. Et, le sachant papa de 4 enfants, dont un bébé, je me doutais bien de ce que penserait sa femme, assise à côté de nous, occupée à gérer son bébé qui partait dans tous les sens sur le tatami... Hey bien oui, l'invitation était officielle. Wow. Quel privilège, quel honneur! Pour nous, ce genre de moment expérientiel n'a pas de prix en voyage, particulièrement pour Delphine, qui a grand besoin de passer du temps avec des enfants, peu importe leur langue. L'horaire a été chamboulé, on a reporté notre randonnée à Kamikochi au surlendemain, question de pouvoir prendre le temps de trouver un cadeau pour nos hôtes, lire sur les habitudes et codes à respecter lorsqu'on est invités dans une famille japonaise, et ne pas mettre de la pression sur la randonnée prévue qui demandait toute la journée. Ils offraient même de venir nous chercher et nous ramener à bon port. Ryota, le papa (et le sensei de judo) est venu nous chercher avec sa cocotte de 5 ans. Très heureux de pouvoir partager des bières avec Mathieu (des biru), il nous a raconté un peu sa vie, pendant que Chiho, la maman, était affairée au soccer avec ses deux plus grands et bien sûr le bébé. Petit grill sur la table, l'assiette de boeuf est arrivée, ça avait l'air si tendre, la viande n'offrait aucune résistance, se pliait à la moindre manipulation. Des fibres musculaires non contraintes par de trop fortes contractions mettons....

Différentes parties du boeuf nous étaient proposées, une totale. Ryota s'est chargé de mettre la viande sur le grill, on n'a eu qu'à jouir buccalement, jamais mangé de la viande si tendre, jamais. Ça fondait dans la bouche. Il nous racontait que ces vaches, les vaches du grand-père de son ami, se faisaient masser à chaque jour, et que c'était uniquement des femelles.
Quelques jeux d'origami et de Nintendo Switch, puis Chiho nous a ensuite reconduits à la maison, accompagnée d'un de ses garçons. Une expérience rafraîchissante, qui nous a ouvert l'esprit sur les normes sociales et les habitudes familiales au Japon. On s'est couché silencieux, en réflexion, en digestion.
MATHIEU: Nous sommes retournés au club de judo le vendredi pour le deuxième cours de Delphine. Encore une fois beaucoup de plaisir. Sensei Ryota a vraiment passé beaucoup de temps à travailler avec Delphine et à la fin du cours, les enfants ont pris la pause pour une photo de groupe et Delphine a reçu quelques petits cadeaux de la part de ses nouveaux amis avant de les quitter.
Nous sommes vraiment très reconnaissants de l'accueil chaleureux, bienveillant et sincère auquel nous avons eu droit. De pouvoir ainsi participer le quotidien des familles japonaises, de croiser des enfants et leur parents, de voir Delphine partager activement ce sport qu'elle adore avec d'autres enfants malgré la barrière de la langue et de la culture nous rend très fiers de notre grande fille et très privilégiés d'avoir pu vivre ça avec elle. Ces moments compteront sans contredit parmi les grands coups de coeur de notre voyage au Japon.












Inoubliable, mémorable…émouvant!
C’est vraiment impressionnant … immersion, expériences ! Un grand coup de cœur il va sans dire ❤️
Wow!! C’est bin cool! Et quelle générosité!
Bravo pour cette immersion totale dans la vie japonaise.
Et bravo à Delphine pour ses exploits au judo.