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Au revoir Vietnam

  • Photo du rédacteur: Lucie Carignan
    Lucie Carignan
  • il y a 6 jours
  • 18 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 jours



Les émotions sont si présentes, distinctes, palpables. Nous quittons le Vietnam dans 3 jours.

 

Une grosse sensation de vouloir en savoir plus m’envahit.  Les connaître davantage, les Vietnamiens. Contrairement à mon expérience relationnelle hautement singulière avec les Japonais, ici, j’ai accès, du moins, je crois, au véritable de l’humain.  Culturellement parlant, donner l’accès facile au cœur, semble admis, ici.  Mais autre chose limite le contact profond, et cela me demanderait certainement plus de réflexion pour y déposer les mots, quelque chose dans la barrière culturelle, ce constat de venir de deux mondes si différents.   La sensation d’avoir accès au cœur... mais de ne pas pouvoir l’atteindre…

 

Parlant du temps de réflexion, ici, à Hội An, ça aura été un gros bain social d’expats occidentaux, rempli d’activités toujours, un moment du voyage à la fois fantastique et qui permet aussi de remettre les pendules à l’heure et repenser à nos intentions personnelles, tous les trois, pour les prochains mois.  Quels sont nos réels besoins, nos aspirations, quelle proposition permet le meilleur cheminement, tant personnel que familial…. De mon côté, respirer en silence me plaît particulièrement, peu importe l’endroit.  Quoi qu’il en soit, parler, écouter, discuter avec les gens ayant comme mode de vie celui de voyager pour vivre, a nourri mon terreau de réflexions, m’a permis d’ouvrir les perceptions, m’a obligé par moment à porter mon regard avec un nouvel angle.  Merci.

 

La facilité de répondre aux besoins primaires

Je suis une maman, donc la première chose à laquelle mon attention est portée, c’est la logistique autour des soins, des services, de l’hygiène et du bien-être de tous.  En quittant le Japon, nous avions cette appréhension, ce doute, quant aux habitudes quotidiennes et le niveau d’effort à mettre pour s’y adapter.  Je peux, avec le sourire, dire que cela n’a pas été de tout repos, mais que ce fut un succès.  Au Vietnam, l’eau des canalisations n’est clairement pas potable, encore moins pendant la saison des pluies.  Un pédiatre du coin, expat Français, a récemment fait une méningite des suites d’avoir ingéré une super bactérie devenue résistante, phénomène plus courant pendant et après les inondations majeures.  Il s’est diagnostiqué à temps, il est sain et sauf.  Bref.  Laver la vaisselle, prendre sa douche, et toutes les actions quotidiennes si souvent en lien avec l’eau, ont pris une dimension de rituel, et ça m’a immédiatement beaucoup plu.  Bon… ne plus avoir d’eau potable à 11h le soir parce qu’on a oublié d’en acheter, quand tu veux te brosser les dents, ce n’est pas intéressant.  Mais, cette notion d’être, à chaque instant, à honorer la pureté de l’eau que tu te mets dans la bouche, et celui aussi d’envoyer de l’amour à l’eau qui porte possiblement pas mal de petits monstres pour l’humain…. Wow.  Le temps nécessaire porté à un élément si important, l’Eau.   Leçon que j’accueille avec beaucoup de satisfaction, le féminin à son apogée.

 


La nourriture…. Pas besoin d’en reparler longuement ici, j’ai l’eau à la bouche à la lecture du récit de Mathieu.  On a si bien mangé ici.  Mes intestins ont retrouvé toute leur vigueur (bien oui, parlons-en, c’est humain)! Mes sens, totalement allumés, et mon appétit, grandissant de jour en jour, me permettent d’affirmer avec certitude que le Vietnam nous a très bien accueilli.  Et, c’est ce que je trouve de si fantastique ici.  Pauvre pas pauvre, tu manges.  Et tu manges bien.  Parce que, ici, on fait avec brio des plats avec des ingrédients frais, et de base (viandes et riz locaux, fruits et légumes frais).  Toute la magie se crée avec le choix dosé des épices, et bien sûr, la fameuse nước chấm.  Cette sauce à tremper liquide à base de poisson fermenté dans une saumure, de sucre, de lime, d’ail et de piment fort, est gorgée de protéines, d'acides aminés et de nombreux éléments minéraux qui favorisent et entretiennent la formation des os et du sang.  En sus, nommons les vertus de la fermentation au plus profond de notre grêle, cette partie d’intestin en quête d’absorption et si efficace comme agent douanier du corps humain.  N’entre pas qui veut ici! 



Et, à ce qu'on associe souvent à la nourriture, l'obésité, ici, inexistante. En 6 semaines, je n'ai vu que très peu de personnes en surpoids, aucune en obésité. La science démontre de plus en plus que le métabolisme ainsi que la gestion des apports calorifiques étaient beaucoup liés aux combinaisons d'aliments, à la chimie qu'exerce un aliment, une épice, sur un autre aliment par exemple, le rendant plus facile à absorber, lui donnant plus de capacité à ne pas laisser de toxines qui congestionnent les systèmes et démarrent la chaîne de réactions amenant les lipides à s'engorger et se distendre. Alors que cela se confirme de plus en plus dans la compréhension de ces phénomènes, je peux conclure que les Vietnamiens ont naturellement ce savoir... Et, pas de McDo, pas de chaînes à restauration rapide. Juste du frais et du local. Miam.


Tant qu’à parler des délices que le Vietnam nous propose… le café.  Mathieu et moi vous préparons un article sur ce sujet.  Restez à l'affut!

 

Chi et sa famille

 J’ai toujours aimé la nourriture vietnamienne, ayant eu la chance d’y être introduite par mon ami Chi de Gatineau (et toute sa famille bien sûr, Nicolas nous fait encore de si bons plats) alors que je n’étais que jeune adulte.  Délecter un bon bánh mì au centre de ski, manger une incroyable soupe phở (Chi met tellement de fraîcheur dans ses soupes, c’est mon repère), apprendre à faire des rouleaux de printemps dignes d’un resto 5 étoiles, tout cela, je le dois à Chi.  Retrouver ici, à Hội An, ses origines maternelles, fut pour moi très réconfortant.  Il faut dire que Chi et Marthe ont été dans ma vie alors que je tentais d’organiser ma réalité de jeune adulte auprès de ma maman malade, et ensuite, de ma maman disparue.  Ils ont été d’un soutien et d’une présence qui a transformé celle que je suis aujourd’hui.  Et Chi, comme tout bon Vietnamien, donne son amour et sa générosité par la nourriture, et, en sus, l’a transmis à ses enfants.  Dans l’abondance des plats de Chi, mon ventre redonnait de la sécurité à la petite fille déracinée que j’étais.  Merci pour tout cela, Marthe, Chi, et Nicolas. 

 

Quelle belle surprise, celle de visiter la maison Trần, ici, à Hội An, où l’histoire familiale maternelle de Chi s’y trouve.  Construite en 1802 par le clan Trần, l'une des familles les plus influentes de Hội An, la maison sert à la fois de lieu de vie et de sanctuaire pour honorer les ancêtres. Elle est dédiée à la mémoire des générations passées, suivant la tradition confucéenne du culte des ancêtres.  La maison est un parfait mélange d'architectures vietnamienne, chinoise et japonaise, un reflet de l’histoire de Hội An en tant que carrefour commercial. Elle est construite principalement en bois précieux, avec des toits finement sculptés, des colonnes solides et des motifs délicats représentant des dragons, des phénix et des fleurs.    Ça nous a un peu ramené au Japon.  Les photos ne rendent pas, mais pas du tout justice à l’endroit, elles ont été prises clandestinement, alors que la gentille guide m’a permis de le faire malgré l’interdiction officielle.

 

J’en ai encore des frissons à repenser au moment où j’ai mis les pieds dans cette pièce sacrée où siège l’autel des ancêtres.  Mon regard s’est immédiatement posé sur le portrait de la maman de Chi, madame Tran Thi Tuy Ngoc.  La voir, entourée de ses ancêtres, dans la maison portant tant de souvenirs et de signification pour le Vietnam, aura été le contact le plus profond et, étrangement, le plus réel, avec le peuple vietnamien.  Étrange, oui, car la kinesthésique que je suis n’a pourtant touché à personne.  Revoir Tuy Ngoc en photo, me souvenir des moments vécus avec cette si petite femme de taille mais combien forte, transformante et touchante, tout cela m’a ramenée en vulnérabilité.  De façon subite et inattendue, seuls mes yeux étaient bien ancrés dans la réalité du moment, à fixer son beau visage si semblable à celui de Chi, son fils.  Les images-souvenirs ont envahi mon esprit, celles des moments, il y a trente ans, où j’ai eu la chance d’avoir ses petites mains chaudes dans les miennes, celles des moments où nos âmes ont échangé par le sourire et le regard, en douceur.  Encore un fois, du gros bonbon pour la jeune adulte en quête de sens et cherchant le réconfort.  Des images troublantes, des souvenirs douloureux, mais en même temps la réalisation que j’étais si bien entourée dans ces moments combien pénibles.  Ressentir ce qu’elle m’a donné, ce que Chi m’a donné, et soudainement, être ramenée au présent par la voix et le doux regard de la jeune guide, sans l’ombre d’un doute, touchée.  C’est à ce moment précis que j’ai eu l’impression de vibrer avec le peuple, le comprendre un peu, respirer avec lui, avec elle, belle et jeune Vietnamienne que le hasard a mis sur notre petite route à la chapelle Trần.  Je remercie tous les acteurs de ce moment, je me remercie aussi, la Lucie de 50 ans, d’avoir su attraper l’occasion de vivre autrement un rapprochement avec ce peuple que, depuis longtemps, j’aime. Douceur, guérison, vulnérabilité, ça sent bon!



 

Un Noël d’expats, chaleur humaine et réconfort occidental

On s’est organisé une fête de Noël intime entre expats, avec nos amis allemands (deux familles et nous).  Chacune des familles a amené sa texture culturelle.  Nos amis nous ont, au grand plaisir des capacités d’articulation langagière de Mathieu, introduit à la ‘’Spaziergang ‘’, cette promenade, balade ou marche tranquille pour le plaisir, souvent sans but précis.  Entre les moments d’ingestion de nourriture, où, en respectant la tradition allemande, on a commencé par le café et les desserts, on est allé marcher, tranquillement, dans le nouveau quartier du lieu de vie de ces deux familles d’amis.  Ce quartier décrit bien ces zones incroyablement accueillantes d’Hội An, où les familles d’expats se marient facilement au peuple vietnamien.  ‘’The place to be’’, absolument! Dans ce quartier, longeant la rivière De Vong, réside une galerie d’art nommée Củi Lũ Art Space - Coco Casa Art Gallery, où nous avons découvert une communauté d’artistes remarquable.  Sculptures et peintures ornent la maison coloniale à essence vietnamienne, un lieu unique.  Nous avons d’ailleurs été invités à un vernissage qui avait lieu le lendemain (25 décembre), où j’ai pu discuter plus longuement avec le propriétaire de l’endroit, un ‘’Hoianois’’ de sang, qui veut remettre à sa ville, par l’art, tout ce qu’elle lui a donné, dont la liberté.  J’ai trouvé ça très beau, son dévouement total à son Art et à la diffusion des créations de sa communauté fut pour moi une autre belle manifestation de l’humain qui veut faire une différence.  Si vous passez par Hội An un jour, je vous recommande sans hésitation la visite de cette galerie d’art.  J’ai même pu jouer un peu de piano, entourée des sculptures de chevaux annonçant le Tết, la fête du Nouvel An lunaire au Vietnam.  Cette année, le serpent donne son pouvoir au cheval.  Respectant les cycles lunaires (donc n’ayant jamais de date fixe comme notre jour de l’an occidental du 1er janvier), le cheval arrive à nous le 17 février, date d’anniversaire de notre ravissante Delphine, qui célébrera ses 10 chandelles. Une date toute en puissance! 



Le site internet de cette galerie : https://www.cuiluartspace.com/


Pendant cette soirée du 24, j’ai été animée par une belle discussion avec Maximilian, un adolescent allemand de 16 ans, charmant, allumé et sympathique.  Je lui ai demandé si, dans son vécu, c’était possible d’entrer en contact avec les Vietnamiens de son âge.  Sa réponse : ‘’NEIN.  Non, impossible, et ça n’arrivera pas.  Il y a trop de distance culturelle entre nous, le lien ne peut jamais être profond et sincère.’’  Je prends une gorgée de vin (première fois que je bois du vin depuis le départ de Montréal, ça fait du bien!!).  Je respire sa réponse, les yeux dans ses yeux.  Je respire encore, j’espérais tant qu’il me dise que c’était possible, de par son jeune âge, de par la facilité qu’ont les jeunes de se lier… Et, il me demande :  ‘’Et toi?’’ Et moi de lui répondre, cherchant avec espoir ces réels contacts entre les humains de différentes cultures : ‘’Un des moments où je me sens en lien sincère et profond avec un autre humain est par le contact physique, le toucher, les activités demandant à l’humain, peu importe son bagage, de faire avec son corps.’’  Je baigne mes lèvres dans le vin une autre fois, ‘’et qu’en dehors de ces situations de corps, de ces expériences physiques humaines, le véritable se passait par les échanges dans le regard’’.  Maximilian a été surpris de ma réponse, et, en même temps, ça semblait faire tout son sens, on a ri en se disant qu’il pourrait partir une équipe de foot unissant les locaux et les expats du quartier.


 

Hội An, terre d’accueil pour les expats

On a déjà parlé dans d’autres articles du coût de la vie, ici, au Vietnam.  Et Mathieu vous prépare un article sur la superbe communauté ‘’de worldschoolers’’ que nous avons fréquentée pendant notre séjour.  Je me permets un regard plus externe, observateur : tout y est, ici, à Hội An, pour qu’un étranger ait envie de s’y installer.  Mais sachant, en toute connaissance de cause, qu’il restera un étranger.  Hội An, contrairement à d’autres endroits, accepte ce phénomène, et l’embrasse en fait.  En échange d’une participation significative à l’économie de l’endroit, le touriste ‘’expat’’ peut se sentir libre, déambuler en scooter, vivre et ressentir le peuple, dans la réalité du peuple.  C’est un peu l’heureux mélange entre une immersion totale, mais en te permettant d’utiliser ton pouvoir financier pour répondre à tes besoins et objectifs occidentaux.  Un heureux équilibre pour les voyageurs ne voulant pas seulement aller à la plage et manger dans les restos réservés aux touristes.  Hội An a ce quelque chose qui goûte le bonheur, l’authenticité, la paix, la vie de bord de mer, le climat des fruits sans fin.  Ce n’est donc pas pour rien qu’il y a tant d’expat ici.  D’ailleurs, l’économie d’Hội An (et tout le pays aussi) est à la hausse. Le prix des locations de maison, celui du travail des couturiers, tout cela a monté significativement depuis 6 mois.  Je me demande si le pays dit secrètement merci au président à tête orange…

 

Mes coups de cœur/observations réflexions en vrac

  • Les rizières et les buffles dans l’eau :  le calme, la terre qui est accueillie par l’immobilité de l’eau

  • La mer en cette fin de saison de typhons : si forte, sans merci pour la fragilité de l’endroit

  • La pluie : en fait, il faudrait que la langue française ait un autre mot pour cette eau qui tombe du ciel.  Je propose la plouche.  La plouche est une eau qui tombe du ciel, diluvienne, soudaine, puissante, envahissante, et éphémère.  La plouche n’arrête aucunement le Vietnamien dans ses déplacements en scooter, dans ses activités professionnelles ou personnelles.  Le calme-chaos (voir plus bas).

  • La résilience des habitants : après l’eau envahissante comme jamais, après le vent à écorner les buffles d’eau, sans rien à perdre, ils rebâtissent, remettent beauté et charme à leur lieu de vie.  Rapidement, efficacement.

  • Le charme de cet endroit entre eau et terre : la couleur jaune et terre des bâtiments aussi sages que leurs habitants, le vert luxuriant de la végétation qui s’y accroche, les odeurs de café et d’humidité, d’anis étoilé et de citronnelle.

  • L’attente du coucher du soleil pour être exaltée par la beauté de ces lanternes illuminant la vieille ville, tant ses bâtiments que ses eaux gonflées se diluant dans les étroites rues, d’une lueur de lanterne à l’autre.

  • Le calme et le chaos :  dualité ou réalités parfaitement intégrées? Comme si le chaos est externe, le calme, lui, interne.  Je me rappelle d’une forme de calme et chaos au Japon aussi.  Un calme qui réprimait aussi les émotions, ce qui n’est pas le cas au pays du dragon.  Ce n’est pas tant que les Vietnamiens seraient paisibles, mais qu’ils ne seraient pas agressifs.  Je me demande quel organe ils ont en plus (ou en moins!) pour gérer différemment.  Traiter, mettre mes mains sur ces humains m’aiderait possiblement à percevoir comment ils sont organisés?  Ça me manquera de ne pas l’avoir fait.  Ici, une invitation à percevoir sans toucher…  De toute façon, j’ai la profonde impression que le phénomène autour de ce calme-chaos est plus grand que l’échelle humaine.  C’est un écosystème, c’est la survie qui dicte le calme dans le chaos.  Oui, comme n’importe quel état qui habite un humain, on peut en ressentir des traces.  Mais, avec du recul, et sans forcer, le constat est encore plus évident quand on regarde toutes les fourmis, pas juste une seule.

  • La position confortable et tellement utilisée chez les Vietnamiens :  le squat.  Pas le squat dynamique pour se faire des cuisses de fer. Le squat statique, celui ou les fesses rejoignent les talons, et où la personne se pose.  Pour manger, lire, laver les vêtements et la vaisselle, bâtir un meuble, accoucher, et peut-être, dans les années 60, se cacher dans la brousse et vaincre l’ennemi… Petit moment de la physique biomécanique du corps ici :  le squat est cette posture archétype chez l’humain permettant l’élongation (ne pas lire ici étirement) et le glissement des fibres de la dure-mère, ainsi que la traction entre les vertèbres lombaires.  Dans mes mains, je peux aussi proposer que le système nerveux se met en parasympathique, s'exprime dans sa latéralité. La digestion est stimulée et la bonne humeur accessible. Celui qui fait le squat aisément guérira beaucoup plus rapidement d’une hernie discale que celui qui ne pouvait pas du tout garder la position, talons au sol. Le squat est un indicateur important du pronostic des pathologies de la colonne.  Redonner la possibilité du squat à son corps est gage de jeunesse et d'autonomie dans les années où nous sommes sages et mûres.  Tant de personnes en squat ici m’a fait tellement plaisir.  Ils se libèrent naturellement, à chaque respiration.  Quel peuple!

  • Ce fameux moment du 31 décembre où Delphine et moi avons eu la chance d'aller faire notre propre salade de mangues dans la cuisine du restaurant que nous aimons beaucoup. Chinh, notre chef, avec ses enfants dans les bras, nous a montré ses talents et savoirs. Les arômes dans cette petite cuisine et le travail silencieux de toute la famille ont accompagné notre expérience. Chinh est une femme dans la vingtaine avec le sourire plus grand que nature, qui accueille et salue ses clients dans leur langue avec son bébé de 7 mois sur une hanche et les yeux sur la petite de 2 ans qui se promène partout, même sur le trottoir de la rue passante. J'ai immédiatement connecté avec cette superwoman, et sa soupe pho bâ était la meilleure de la rue. Elle travaille de 8h le matin à souvent très tard le soir, par chance, comme plusieurs Vietnamiens d'ailleurs, Chinh habite le bâtiment où le restaurant nous accueille. Entre la cuisine et le patio où nous mangeons, les pièces de la maison, les chiens (et les chiots!!), la famille et les enfants. Chinh a trouvé le temps de m'accueillir dans sa cuisine, et je la remercie tendrement. Cảm Ơn, et à la prochaine!!!

  • Le souvenir de ce cordonnier âgé qui a réparé les orthèses de Delphine, et aussi, hier, ses sandales en EVA (plastique).  Il n’a jamais abandonné.  Delphine et moi avons compté 4 pistes de solutions qu’il a toutes essayées les unes après les autres… pour finalement réussir.  J’ai le sourire aux lèvres à repenser à lui, à sa débrouillardise, à sa détermination, et, je crois, à sa conviction qu’il allait remettre une sandale fonctionnelle au pied de ''Cendrilline''.

  • Une langue aux tonalités... subtiles... voire langue infranchissable pour moi.  Si la structure grammaticale différente et la conjugaison quasi inexistante nous paraissent étranges, toute la difficulté du vietnamien réside dans la prononciation et l’intonation. Selon mes recherches, c’est une langue monosyllabique et tonale, et elle comporte 6 tons et 5 accents, c’est-à-dire lorsque le ton d’un mot change, son sens aussi. Très peu de mots comportent plus de 2 syllabes.  Pour mes oreilles adorant les tonalités et les intervalles musicaux, je capote ici.  Parfois, j’entends qu’entre deux mots, il y a une tierce majeure, une quinte… C’est trop trippant, mais ça ne me donne pas beaucoup d’informations utiles…



Papa conteur d’histoire(s)

Entre deux jets-paragraphes, je sors de ma chambre pour voir si Delphine a terminé ses devoirs d’école.  Je surprends Mathieu en train de donner un cours d’histoire.  Je m’assieds immédiatement, pour rien au monde je voudrais manquer ce moment.  J’adore quand Mathieu raconte l’histoire, je deviens la petite Lucie assise, les avant-bras sur son pupitre. 

 


Notre fameux conteur nous parle de la colonisation française, d’Indochine, de la seconde guerre mondiale et de la répercussion française face à la perte de sa colonie, de la fin d’Indochine, de la guerre froide, du Vietnam qui se brise en deux, séparant le nord du sud au 17e parallèle, à une centaine de kilomètres au nord de Hué, où le souvenir de cette guerre façonne le paysage encore aujourd’hui.  Et, puis, de l’implication (intéressée) de l’ancienne URSS (Russie) et des Etats-Unis d’Amérique…. Du communisme, de la démocratie, de l’autocratie, du capitalisme.  Bref, une totale.  Encore une fois, avec les mots parfaitement choisis pour qu’une enfant de presque 10 ans embarque avec entrain et animation dans cette aventure de la connaissance.  Je capote. Je les trouve tellement beaux. 

 

Delphine réalise que la guerre n’est pas qu’une question de gentils versus méchants, que les amis venus aider le Vietnam avaient des intérêts bien précis permettant de gagner du pouvoir, d’un côté comme de l’autre.  Désillusion, certes, mais joie de savoir.

 

« Et ici, à Hội An? »   Papa répond que ce ne fut pas un lieu de grands déploiements de guerre.  Ils n’auraient pas trop vécu la domination des Américains et les attaques du nord, pas trop vécu la domination du communisme et les attaques du sud… C’est plus fort que moi, je ne peux qu’imaginer qu’à Hội An, ce serait un peu comme le ‘’still point’’, là où l’équilibre se trouve, au centre de grands mouvements.  Un peu comme dans un tissu vivant.  On peut comparer cela au centre du 8, là où les bras de leviers ne sont pas influents, là où la paix règne, ‘’una onda de paz’’.    J’ai du plaisir avec ces parallèles du vivant, toujours.

 

Mathieu a trouvé une vidéo qui a bien fait rire Delphine, et qui a alimenté la discussion et la compréhension de ce grand chapitre d’apprentissage qu’elle a fait aujourd’hui.  Voici le lien de la vidéo :

 

Da Nang, judo et histoire du Vietnam

On est allés au judo à Da Nang ce soir, grande ville du centre du Vietnam.  Ça aura été le seul entraînement de judo pour Delphine comme tel au Vietnam, elle aura profité plutôt des propositions bien organisées à Hội An de BJJ, de cours d’auto-défense, et de muay thaï (boxe thaïlandaise).  En sus, de la poterie, des acrobaties, du piano, des ateliers d'art visuel, de la conception de robots en carton, du pickleball (une découverte).


On s’est permis le luxe d'avoir avec nous un chauffeur pour aller à Da Nang ce soir. Les scooters sont restés bien tranquilles à la maison, sous la pluie. Étant bien à l'abri dans la voiture, au retour, on propose à Delphine un quizz ‘’histoire du Vietnam ».  Elle avait tout intégré la chenapante, en partant de la colonisation française, Indochine, la 2e guerre mondiale, le le communisme, le pays qui se coupe en deux, la guerre du Vietnam, les définitions de communisme et démocratie, autocratie.  Ce qui a naturellement ensuite amené la question qui tue : « Que s’est-il passé après? » Alors, en voiture, en regardant les kilomètres de chaînes hôtelières qu’offre Danang, en bord de mer, avec des hôtels parfois désertés et dans le noir (inondés, brisés par les typhons?), parfois lumineux et prometteurs de bonheur assuré pour le touriste recherchant la luxure, Mathieu a repris son rôle de conteur, pour nous parler de ce qui, parfois, dans un régime ou dans un autre, tourne au malheur.  Le pays, totalement sous le règne communiste, tentait d’unifier son peuple.  Trop de gens dérangeaient, trop de gens éduqués ou savants menaçaient le régime, ne suivaient pas la ligne dictée et devenue obligatoire.  Une quantité incroyable de gens ont été mis en prison, et aussi dans des camps de rééducation. »  Delphine, le foulard sur le nez pour sentir au minimum l’odeur dans la voiture (qui était très correcte), s’exclame : « Comme chez nous avec la tragique histoire des pensionnats autochtones. »   Je respire.  Mathieu respire, on se regarde, émus.  « Oui, Delphine, super beau parallèle, tout à fait. Malheureusement. Même si ce n’est pas du tout la même histoire, c’est tout de même celle de l’oppression d’un peuple…» Papa poursuit.  Explique la tragédie qui a suivi, alors que le peuple tentait de se sauver de cette prohibition violente :  les « boat people ».  Tant de gens à la mer, refusés d’entrée aux pays voisins.  Tant de morts, tant de tristesse.  Immigration massive partout dans le monde, dont aux Etats-Unis et au Canada. Delphine nous demande si ça existe encore des « boat people », elle nous parle d’Ukraine, on lui parle de la Syrie.  Et on rentre en silence à la maison, à Hội An, au centre du 8.


 

Les défis et le travail sur soi

On a tous eut un peu le mal du pays, chacun à notre tour, ici, dans la paix d’Hội An, et c’est tout à fait, à mon avis, sain, nécessaire, et bienvenu.  De mon côté, j’ai trouvé le temps des fêtes difficile, pas tant par nostalgie (quand même un peu là), mais par l’intensité de ce qu’est le magasinage ici (j’ai toujours détesté magasiner en plus).  Ici, cela peut prendre une journée complète pour trouver un truc, tout cela dans une ambiance de vendeurs vraiment insistants, te convoitant à chaque instant, rendant impossible le simple fait de déambuler et regarder.  Le marché du vieux Hội An est super divertissant, mais il faut y aller quand tu es en forme.  On pourrait penser que pendant la saison calme (saison des pluies), c’est plus relax.  Mais au contraire, ils ont besoin de vendre, et le marchandage est de mise. 

 

Sur une note plus personnelle, je réalise à quel point j’aime voyager en me faisant petite, en faisant du mimétisme, en observant chaque instant, chaque échange, chaque regard. 

 

Et, c’était bien prévisible, en voyage, c’est l’occasion de voir les insécurités ressortir.  Je ne peux pas en être plus consciente que ça.  Je vis avec, à chaque instant.  Pas de patients à traiter pour me changer les idées.  Non.  Je fais face à cet état perpétuel de survie, je revisite avec douceur (la plupart du temps) le souvenir de certains traumas qui n’ont fait que propulser et confirmer la nécessité du patron de survie, qui, je dois avouer, a été assez efficace jusqu’à maintenant.  Mais je suis fatiguée, et je m’en rends bien compte.  Bâtir autre chose, confirmer d’autres stratégies, c’est si facile à dire.  Mettre de côté les éléments (externes) qui empêchent de visiter le patron de survie autrement que dans la survie et le stress, c’est aussi facile à dire.  On choisit souvent de vivre avec ceux qui nous ramènent le nez directement dans notre ‘’caca’’.  C’est bien fait.  Mais comment faire en sorte que ça mette de la lumière sur ton caca sans que tu tombes dedans…. Je suis rendue là dans ma réflexion.  Phase anale.


 

Je nous sens prêts à clore, pour l’instant, cette courte incursion dans la vie des Vietnamiens.  Ce n’est qu’un au revoir.   Se retrouver à bouger, à trois, est tout à fait bienvenu.  Dans les prochains jours, ce sera le passage entre la pause-pose et le retour du nomadisme.

 

Lorsque je reviendrai au Vietnam, mon désir le plus profond serait de le vivre encore plus collé au peuple.  Entendre plus, encore plus, leur si belle langue.  Sortir des terrains battus.  Donner de l’amour à ces gens, de ma génération et aux autres d’avant, à tous ceux qui ont vécu des drames indescriptibles.  Et recevoir leur amour sage et calme, en buvant un bon café, dans la position du squat, sur le parquet de céramique.

 
 
 

4 commentaires


Renée
il y a 2 jours

Tu écris tellement bien Lucie, quel talent incroyable. Ça touche au cœur . Merci de nous partager ces moments si précieux …. T’aime fort xxx

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NICOLAS
il y a 2 jours

Superbe texte. Merci.

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Bianca
il y a 4 jours

Lucie, ma chère amie, que c'est doux et que ça goute bon de te lire! Merci pour ce partage tellement intime de ton vécu, de tes questionnements. Merci de me faire voyager autrement :)

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Martine
il y a 4 jours

Quel beau texte rempli d'émotions! Tu as bien profité du Vietnam, je te souhaite plein d'autres découvertes dans la continuité de votre voyage!

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